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Peut-on remplacer le gaz russe ?

20 décembre 2022

Face à ses besoins de gaz, les Européens cherchent à nouer des accords avec le Qatar. Dans quelle mesure l’Europe peut-elle accroître ses importations du Qatar ?

La Russie fournissait jusqu’en 2020 40 % de la consommation Européenne de gaz, soit 200 milliards de mètres cubes importés pour 500 milliards consommés.

L’arrêt progressif des exportations décidée par la Russie oblige l’Europe à trouver des solutions de rechange. Il faut tout d’abord noter que la production européenne de gaz naturel est très faible et a tendance à diminuer. Outre la Russie, la Norvège et l’Algérie sont de longues dates des fournisseurs importants de gaz naturel pour l’Europe. Plus récemment l’Europe importe également du gaz naturel du Nigeria, du Qatar, des Etats Unis.

Remplacer 200 milliards de mètres cubes de gaz (les importations russes désormais arrêtées) par d’autres sources de gaz sur le marché international est impossible .Les pays Européens sont amenés à se retourner vers les fournisseurs traditionnels – autres que la Russie – pour leur demander d’accroître leurs exportations.

La Norvège et l’Algérie, fournisseurs traditionnels, ne peuvent augmenter que de manière limitée leurs exportations. Il faut donc de tourner vers d’autres fournisseurs

Les fournitures supplémentaires, qui ne pourront pas dans l’immédiat, compenser les exportations russes manquantes, se feront pour l’essentiel par GNL (Gaz Naturel Liquéfié) en provenance en priorité des Etats Unis, du Qatar, voire de nouveaux producteurs africains (en particulier Sénégal et Mauritanie)

Le Qatar fournit déjà du GNL à l’Europe. Disposant d’énormes réserves de gaz, l’émirat a décidé récemment de porter de 80 à 110 puis 127millions de tonnes de GNL, avant la fin de la décennie, sa capacité de production. Mais l’Asie reste une destination privilégiée et les quantités supplémentaires ne seront disponibles que dans quelques années. Il est probable qu’une large fraction des importations nouvelles de gaz naturel de l’Europe devra se faire à partir des Etats Unis.

L'Algérie veut doubler ses exportations de gaz, après une année 2022 record. L'Europe est déjà le premier client de l'Algérie. Est-ce judicieux d'accroître notre dépendance à un pays avec qui nos relations, en particulier les françaises, sont parfois difficiles?

L’Algérie a été le premier pays exportateur de gaz naturel vers l’Europe (à commencer par la France) dès le début des années 1960 (exportations par GNL depuis Arzew). Depuis plus de 60 ans l’Algérie est donc un fournisseur important de la France et de l’Europe. Les visites récentes du Président français et de la Première Ministre ont monté l’importance de la relation entre la France et l’Algérie.

Cependant les réserves de gaz naturel de l’Algérie ne progressent que faiblement et la consommation intérieure, largement subventionnée pour aider les ménages algériens est en constante augmentation. Les possibilités d’augmentation des exportations algériennes vers la France et vers l’Europe restent limitées et sans commune mesure avec les quantités qui seraient en principe nécessaires pour remplacer les exportations russes.

Quel est l’état de notre dépendance actuelle à ces deux pays ? Dans quelle mesure cela pourrait-il augmenter ?

La dépendance européenne vis-à-vis du Qatar et de l’Algérie n’augmentera pas de manière significative tout simplement du fait des capacités limitées de ces deux pays à accroître très significativement leurs exportations vers l’Europe. Les initiatives allemandes pour augmenter les importations de l’Allemagne depuis le Qatar ou italiennes pour augmenter les importations de l’Italie à partir de l’Algérie permettront sans doute à ces pays européens d’améliorer leur situation. Elles ne permettront pas de remplacer les importations russes.

A quel point les enjeux économiques, énergétiques et moraux se mêlent-ils dans les choix ? Avec quelles conséquences?

La priorité des pays européens est de faire face à l’arrêt des exportations russes de gaz qui représentaient une fraction importante des consommations d’énergie en Europe et qu’il est impossible de remplacer rapidement. La Commission Européenne à pris un certain nombre de mesures pour faire face à la situation née de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Sobriété énergétique, efficacité énergétique, accélération du développement des énergies renouvelables, recherche de nouveaux fournisseurs de gaz font partie de ces mesures.

A quel point sommes-nous en train de substituer une dépendance à la Russie par des dépendances avec des pays qui posent aussi des questionnements éthiques ?

La priorité pour l’Europe est de faire face à un manque de gaz qui s’est traduit, dès 2021, avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie, par une explosion du prix du gaz, et plus récemment du prix de l’électricité. Cette crise pourrait à terme être bénéfique aux pays Européens en accélérant la transition énergétique. . Dans l’immédiat cette crise pénalise lourdement les consommateurs européens, particuliers ou petites, moyennes, voire grandes entreprises avec des conséquences économiques et sociales très graves. Pour le gaz il est probable qu’à terme ce sont les Etats Unis qui deviendront les principaux fournisseurs de l’Europe. Les mécanismes de marché feront la fortune des exportateurs américains qui bénéficient des prix très élevés du gaz naturel depuis un an.