Jean-Louis Borloo : «L’Afrique est un sujet central pour l’avenir de l’Europe»
Aussi enthousiaste pour le potentiel africain qu’il l’était pour le Valenciennois et la région, Jean-Louis Borloo, 69 ans, était ce vendredi à Lille pour le 2e forum des Acteurs de l’énergie pour l’Afrique organisé par les Hauts-de-France.
– Depuis quatre ans, vous avez lancé la fondation Énergies pour l’Afrique, pourquoi vous êtes-vous tourné vers ce continent ?
« C’est un plaidoyer pour expliquer aux Européens que l’Afrique est un sujet central pour l’avenir de l’Europe. La Méditerranée est trop petite pour que le destin de l’Europe et de l’Afrique ne soit pas totalement lié. Et l’Afrique est à un moment de basculement avec un choc démographique hallucinant, 200 millions au temps des indépendances, 1,2 milliard aujourd’hui et 2,4 milliards dans 25 ans et après, ça se stabilise.
La moitié des gens n’a pas accès à l’énergie, or c’est le premier des droits de l’homme qui permet l’accès à l’eau, l’éducation, la santé, la stabilité, etc. Être un grand leader en Afrique, c’est le travail le plus difficile, le plus important et vital. »
– Le développement durable africain est une solution viable ?
« Aujourd’hui, c’est en Afrique que l’énergie renouvelable est la moins chère au monde, quelle qu’elle soit, la biomasse, l’hydroélectricité, le solaire et l’éolien. Son développement se fera sur l’énergie durable.
Le retard est simplement dû au manque de fonds propres, de méthode et d’organisation. Quand on a électrifié la Corrèze, c’était par la solidarité nationale. Eh bien là, c’est pareil, il faut un petit coup de main de 15-20 % de solidarité internationale. »
– Entrevoit-on les premiers résultats ?
« Mon plaidoyer a aidé à l’accord entre l’Union européenne et l’Union africaine avec une subvention de 3,5 milliards d’euros il y a trois ans, la création d’une agence pilotée par le président guinéen, Alpha Condé, et contrôlée par l’Europe, le plan Juncker(44 milliards d’euros) et l’investissement partout.
Ce forum, au siège de la Région Hauts-de-France, est un enfant de ça (lire ci-dessous). 140 projets sont financés mais toutes les initiatives ne sont pas visibles. Le Bénin va ouvrir un marché de l’énergie dans un mois, et c’est aussi important.
La question maintenant, c’est la course entre les nouveaux kilowatts et les nouvelles « petites têtes » (les naissances)… C’est un problème de vitesse sinon on a un risque de déstabilisation majeur. »
– La réponse ne peut à l’évidence n’être que militaire…
« Ce n’est pas à la seule armée française, qui est exceptionnelle, de faire le boulot du développement. Pour l’instant, l’Afrique tient par ses côtes mais l’action en son cœur est en marche. Ces États jeunes sont confrontés au plus grand choc démographique de l’histoire de l’humanité. Si la France avait la natalité de la Côte d’Ivoire, nous serions 270 millions et nous aurions des problèmes.
En même temps en Afrique, il y a un bouillonnement extraordinaire dans les nouvelles technologies, de start-up… Enfin, pour nous, France et Europe, c’est notre principal réservoir de croissance. Un point de croissance marginal en Afrique, c’est 0,3 point en Europe. Et si l’énergie était développée à 80 % (40 % actuellement), ce serait six points de croissance en plus en Afrique. »
Source : LaVoixduNord.fr