Les ventes de pétrole russes chutent et mettent à mal le budget de Vladimir Poutine
Les exportations de pétrole brut de la Russie ont drastiquement baissé les deux premières semaines de septembre en raison d’une tempête dans le Pacifique mais une baisse inexpliquée a été constatée en mer Baltique. On évoque 900 000 barils de moins par jour. Est-ce conséquent pour un pays comme la Russie ?
La Russie est l’un des trois principaux producteurs de pétrole de la planète avec les Etats Unis et l’Arabie Saoudite. La Russie fournit près de 11 Millions de barils par jour (Mb/j) soit 10% environ de la production mondiale qui atteint 100 Mb/j
La Russie consommait environ 3,4 Mb/j en 2021 permettant des exportations proches de 8 Mb/j. Les exportations de pétrole et de gaz de la Russie représentaient près de la moitié de la richesse russe et alimentaient une part importante du budget russe avant la guerre. L’augmentation des prix des hydrocarbures a récemment considérablement accru les recettes russes qui approchaient 100 milliards de dollars pendant les premiers 100 jours du conflit. L’Union Européenne restait encore à ce miment le premier importateur d’hydrocarbures russes.
La baisse soudaine des exportations russes représente une perte de recettes significatives pour la Russie. On doit également tenir compte des rabais que la Russie doit consentir à ses clients pour écouler son pétrole, rabais supposés compenser les risques liés à ces importations.
On doit compléter ce panorama en notant que l’arrêt quasi complet des exportations de gaz russes vers l’Europe se traduit aussi par une perte de recettes importantes, car l’essentiel des exportations était destiné à l’UE.
Les Etats-Unis mettent la pression sur les acheteurs de pétrole russe pour que le prix soit plafonné et ne dépasse pas un certain seuil. Qu’est-ce que cela veut dire concrètement ?
Il s’agit de limiter les recettes russes en plafonnant le prix du pétrole russe. Il faut que ce mécanisme soit accepté par les acheteurs sachant qu’il est bien entendu refusé par la Russie. Mais en décidant de lafonner le prix du brut russe importé les pays importateurs risquent de se couper des approvisionnements russes. L’autre risque est celui de voir la Russie réduire – considérablement – ses exportations provoquant une forte hausse du prix du brut.
Qui sont à ce jour les principaux acheteurs du pétrole Russe ? Quelle est la part d’achat contraint ? Et celle de “soutien” à la Russie ?
Les principaux acheteurs de pétrole russe sont la Chine et l’Inde, qui traditionnellement étaient des clients importants de la Fédération avant la guerre et qui ont sensiblement accru leurs achats depuis le début de l’année. Avant la guerre l’Asie et l’Europe importaient chacune environ 45 % du pétrole russe. La situation change. La Chine a augmenté très sensiblement ses importations et est de loin le premier importateur de pétrole russe. La chine a multiplié par cinq ses importations
L’augmentation de ces importations est un effet d’aubaine. Le pétrole russe est disponible et peut être acheté avec un rabais de 30 à 40 % par rapport aux cours mondiaux. L’aspect « soutien à la Russie « est très limité
A quel point le “trésor de guerre” de la Russie se trouve-t-il amputé par cette baisse des exportations de pétrole russe ?
Les exportations de pétrole et de gaz russes représentaient une part très importante des revenus et du budget du pays. La diminution des volumes, liée en particulier à la perte des marchés européens qui étaient les débouchés les plus importants, se traduit par une baisse considérable des ressources financières de la Russie
Faut-il voir dans cette décrue le début d’une tendance durable pour les exportations russes, avec les conséquences économiques associées ?
Il est probable que les volumes des exportations russes de pétrole et de gaz vont durablement diminuer. Pour le pétrole, l’effet de l’embargo européen devrait se faire sentir progressivement et la Chine et l’Inde ne peuvent remplacer complètement l’UE. Pour le gaz la décision russe d’arrêter les exportations vers l’Europe qui représentait de très loin le plus grand marché va, malgré l’augmentation des prix qui pourrait être provisoire, réduire les recettes russes.