Documents et Analyses

Le gaz naturel en Afrique

5 octobre 2023

Le gaz naturel est abondant en Afrique du Nord et dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne

En Afrique du Nord, l’Algérie, la Libye et l’Egypte disposent de réserves importantes. Dès les années 1960 l’Algérie a développé le grand champ d’Hassi R’Mel. Ce champ a permis l’exportation de gaz naturel liquéfié à partir de la première unité de gaz naturel liquéfié d’Arzew. La consommation locale de gaz naturel s’est également largement développée.

En Libye, l’exportation de gaz vers l’Europe a été mise en place rapidement mais est restée à un niveau modéré.

En Egypte, la consommation de gaz naturel s’est développée rapidement et a fini par absorber l’essentiel des ressources. Les unités d’exportation de gaz liquéfié ont dû être mises à l’arrêt. Les découvertes plus récentes de gisements du gaz dans le bassin de NIl (gisement de Zohr en particulier) ont permis ce faire face au développement de la consommation locale de gaz et de reprendre les exportations de GNL.

Au Nigeria, le gaz naturel aussi bien gaz associé à la production de pétrole que gaz non associé est utilisé de manière limitée pour la production d’électricité et pour l’exportation de GNL par l’usine de Bonny.

On remarquera également les unités de GNL de Guinée Equatoriale et d’Angola. Mais l’exploitation locale du gaz en Afrique sub saharienne reste limitées à la production d’électricité dans quelques pays (Cote d’Ivoire, Congo, Gabon ..)

Deux projets importants retiennent l’attention

Le gazoduc Transaharien

Très vieux projet, le TSG (Trans Saharian Gaspipeline) vise à permettre l’exportation du gaz du Nigéria vers l’Algérie puis éventuellement vers l’Europe. Ce projet a été relancé récemment par les trois pays concernés : Nigéria, Niger, Algérie.

Les gisements d’hydrocarbures du Niger pourraient renforcer l’intérêt du projet. Les gisements d’Agadem ont été mis en production il y a une dizaine d’années mais jusqu’à aujourd’hui la production a été limitée à 20 000 barils par jour pour alimenter la raffinerie de Zinder (production, transport et raffinage sont réalisés par la société chinoise CNPC). La réalisation du pipeline qui reliera les gisements d’Agadem à Cotonou, au Bénin, pour permettre l’exportation du brut permettra de porter à plus de 120 000 barils par jour l’extraction du pétrole;. Une production de gaz associé pourrait conduite à une production nouvelle d’électricité et à une exportation des quantités excédentaires

Ce projet sec heurte cependant à des obstacles importants :

  • Le gaz nigérian serait contrôlé par l’Algérie qui , très logiquement, donnera priorité à l’exploitation de ses propres ressources pour la consommation locale ou pour l’exportation et pourrait limiter les volumes de gaz du Nigéria à exporter
  • Le Nigéria donnera sans doute priorité aux exportations sous forme de GNL. L’unité de liquéfaction de Bonny exporte depuis plus de 20 ans des quantités très substantielles de gaz
  • La situation sécuritaire au Sahel est une difficulté supplémentaire
  • Enfin le coup d’état récent laisse planer des incertitudes sur le secteur des hydrocarbures au Niger et en particulier sur les exportations du pétrole d’Agadem
Le gazoduc Nigéria Maroc

Ce projet remonte à 2016. Lors d’une visite du roi du Maroc au Nigéria, il fut décidé d’envisager la construction d’un gazoduc partant du delta du Niger (région de production des hydrocarbures) pour rejoindre le Maroc en suivant, en offshore la cote africaine. Il pourrait donc à la fois desservir des pays dépourvus de gaz (Bénin, Togo, Libéria, Sierra Leone…) et collecter des ressources au Ghana, en Cote d’Ivoire et bien entendu au Sénégal en Mauritanie.

Il existe déjà un gazoduc, le West African Gas Pipe Line qui relie Nigéria à la centrale électrique de Takoradi au Ghana. A l’origine le projet devait aller plus loin vers la Cote d’Ivoire, le Liberia … voire le Sénégal. Les difficultés pour un tel allongement du gazoduc ont limité son développement au trajet Warri Takoradi

Construit en 2005 par la société Chevron, le WAGPL a fonctionné à faible capacité. Plusieurs raisons qui s’imbriquent : des difficultés techniques – ruptures du gazoduc provoquées par des navires mais surtout difficultés économiques : factures du gaz utilisé pour l’électricité payées avec retard et préférence donnée par le Nigéria à la valorisation du gaz par liquéfaction (le terminal de Bonny exporte des quantités importantes de GNL vers l’Europe).

Une idée qui paraît séduisante serait de raccorder ce gazoduc au gazoduc Méditerranée Europe, construit par l’Algérie il y a une vingtaine d’années pour alimenter l’Espagne et le Sud de l’Europe en passant par le Maroc et le détroit de Gibraltar.

Deux difficultés sont à prendre en compte : le coût du projet qui est de plusieurs dizaines de milliards de dollars et le risque de ralentissement du marché européen au moment où le gazoduc sera opérationnel.