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Le prix du pétrole. Impact sur les économies africaines

Mardi 19 Mai – 12 à 14 h GMT par ZOOM

Réunion organisée par l’ADEA et l’ASDEA

Introduction : Philippe Lambert, Serigne Dièye, Jean-Pierre Favennec

Evolution récente du prix du pétrole : causes et conséquences pour l’économie mondiale – Francis Perrin, IRIS et Policy Center for the New South - présentation

Impact de la baisse du prix du pétrole sur la demande pétrolière en Afrique de l’Ouest – James McCullagh, Directeur, CITAC - présentation

Impact sur les opérations dans l’amont pétrolier et gazier au Sénégal – Djibril Kanouté, ancien DG de Petrosen

Impact sur la situation pétrolière en Afrique de l’Ouest – Idrissa Bodian et Fary Ndao - présentation

Pour cette 23è édition du think-tank Energie pour l’Afrique, nous avons abordé les conséquences de la pandémie du COVID-19 sur le marché du pétrole et sur les économies africaines.

Dans le contexte de la crise sanitaire et économique inédite, cette session était particulièrement attendue par nombre d’acteurs et connaisseurs de la scène énergétique mondiale et africaine. Ainsi plus de 100 personnes ont participé à ce séminaire via la plateforme Zoom pendant plus de 2 ½ heures pour ce débat passionnant.

Jean-Pierre Favennec a introduit cette session si particulière dans le contexte de la pandémie qui a touché presque l’ensemble des pays de l’Afrique mais avec un bilan humain 10 fois moins important que les pays d’Europe de l’Ouest. Le pétrole étant très largement l’énergie de référence mondiale, il est urgent de comprendre l’impact du COVID sur les économies africaines.

Francis Perrin, directeur de recherches à l’IRIS et au Policy Center for the New South a présenté les multiples facteurs politiques qui ont mené à une dégringolade des prix du pétrole en l’espace de 2 mois.

Parti de la Chine,premier importateur et deuxième consommateur mondial de pétrole, le Coronavirus a très rapidement pesé sur la demande pétrolière mondiale en freinant les déplacements de personnes et marchandises.

Suite à un différend entre l’Arabie Saoudite et la Russie l’offre saoudienne a été volontairement augmentée de 12 à 13 millions de barils jour afin de gagner des parts de marché, entraînant les prix dans une chuté inégalée dans l’histoire du pétrole. Ce n’est que le 12 avril qu’un compromis souhaité par les Etats-Unis a permis une baisse de 10% de l’offre mondiale dès le mois de mai, ce qui a permis un léger redressement des prix du brut.

La baisse des prix du pétrole aura des conséquences importantes sur les bénéfices de compagnies pétrolières qui ont immédiatement gelé leurs investissements et réduit leurs coûts. L’activité de forage s’est contractéeentraînant une baisse de la production et la faillite de nombreux petits producteurs marginaux aux Etats-Unis. Dans son ensemble, l’économie pétrolière et para-pétrolière s’est vivementcontractée, ce qui ne manquera pas d’affaiblir l’offre pétrolière future, faute de développement de gisements nouveaux.

Pour les pays producteurs ceci signifie une chute des recettes d’exportation et un impact sur la croissance et la situation économique et sociale. Tous les pays producteurs souffrent de la chute des prix et d’autant plus que l’équilibre budgétaire est fortement dépendant du pétrole, du niveau des réserves financières dont ils disposent. Sur le continent africain, les pays comme l’Algérie, le Nigéria et l’Angola semblent les plus exposés.

Selon James McCullagh Directeur CITAC spéciliste de l’aval pétrolier, l’impact de la baisse du prix du pétrole sur la demande pétrolière est bien réelle et différenciée entre les pays producteurs de pétrole dont l’activité économique est en berne et les pays importateurs dont l’effet prix n’est pas en soi néfaste pour l’économie. En Afrique subsaharienne, les pays producteurs de pétrole représentent 70 %de la demande de la région. La restriction des déplacements dans la période actuelle a surtout touché les consommations de gasoil routiers et de carburants pour l’aviation, et moindrement fioul lourd, l’essence et le GPL qui entrent dans la production d’électricité. L’autre facteur qui limite l’effondrement de la demande reste la croissance démographique. S’agissant des pays importateurs de pétrole, l’effet de la baisse des prix sur la demande sera plus ou moins forte selon le niveau de fiscalité qui peut atténuer la visibilité de la baisse des prix. C’est le cas du Sénégal où les politiques fiscales de stabilisation sont importantes.

Au niveau de l’exploration et du développement des ressources pétrolières, l’impact de la forte baisse des prix a été immédiate au Sénégal, comme nous l’a décrit Djibril Kanoute ancien Directeur Général de Pétrosen.

Avant la crise du Covid 19, les recherches d’hydrocarbures étaient en cours sur 9 blocs avec des découvertes significatives relativement récentes au cours des 5 dernières années – Grand Tortue et Teranga, et SNE. La production n’ayant pas démarré le Sénégal reste un pays quasi totalement importateur d’hydrocarbures. La pandémie a signifié l’arrêt net de toutes les activités y compris celles de développement et d’exploration au Sénégal. Initialement prévue pour 2022, le groupe BP a annoncé le report à 2023 la mise en production du gisement de Grand Tortue en mer au large de Saint-Louis.

Parallèlement la société d’exploration australienne FAR a annoncé la mise en vente d’une partie de sa participation sur la phase 1 du gisement SNE.

De nombreuses interrogations pèsent sur l’avenir immédiat des activités du secteur pétrolier sénégalais. Le secteur de l’amont ne pourra redémarrer qu’à partir du moment où les frontières seront rouvertes et que les prix permettront d’entrevoir une certaine attractivité des projets fondés sur des perspectives de rentabilité acceptables. Selon Djibril Kanouté dans le cas du Sénégal, il ne s’agirait que de reports et non d’annulations de projets.
 

Fary Ndao, chercheur, a analysé l’impact du COVID dans différents groupes de pays :

  • Les producteurs majeurs comme le Nigéria, dont le budget national est fondé sur un prix moyen du brut à 57 dollars/baril contre 33 dollars mi -mai. La récession du Nigéria se situera entre -2% et -8% cette année. Certains projets majeurs en cours comme la méga- raffinerie Dangote à Lagos seront retardés.

  • Les pays de producteurs intermédiaires comme la Côte d’ivoire et la Ghana sera délicate, ce dernier faisant déjà face à une crise sur le gaz et l’électricité.

  • Les pays non producteurs (Togo, Mali et Bénin et Guinée) ayant adopté des politiques de stabilisation auront l’opportunité de se constituer des réserves financières et/ou de constituer des réserves de stockage à très bas prix.

Des signes avant- coureurs laissent espérer l’amorce d’une sortie de crise – reprise de la consommation chinoise et des pays de l’OCDE.

Les baisses de prix du pétrole, ce pourrait être une opportunité pour les pays de la CDAO de renforcer la mutualisation de leurs capacités de stockage et d’instaurer des mécanismes de stabilisation au niveau régional.

Cette période instable sera-t-elle également propice à l’accélération de la diversification énergétique en misant davantage sur l’hydroélectricité et les renouvelables ? Rien n’est moins sûr car les prix bas du pétrole favorisent à court terme la production d’électricité à partir de générateurs qui fournissent actuellement une électricité à moitié prix inférieur par rapport au photovoltaïque. Les efforts de renouvellement et d’amélioration des réseaux électriques doivent se poursuivre en même temps que la promotion des politiques d’efficacité économique.

Ce sera le thème d’une prochaine réunion du think-tank Energie pour l’Afrique qui sera certainement aussi riche de discussion et d’idées fertiles que nos deux premières réunions virtuelles cette année.

Jean-Pierre Favennec, Philippe Lambert