Programme de la conférence ADEA ASDEA du 2 mars 2026
Le pétrole et le gaz en Afrique en 2026
15h30 Dakar 16h30 Paris : Introduction
- Mohamed Seck, Président Association Sénégalaise pour le Développement de l’Energie en Afrique
- Jean Pierre Favennec, Président Association pour le Développement de l’Energie en Afrique
15h45 Dakar – 16h45 Paris : Les projets gaziers - Anne-Sophie Corbeau, Global Research Scholar - Center on Global Energy Policy
16h15 Dakar – 17h15 Paris : Nouveaux et futurs producteurs de pétrole en Afrique. - Francis Perrin, Chercheur associé au Policy Center for the New South (PCNS, Rabat) et Directeur de recherche à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS, Paris)
16h45 Dakar – 17Hh45 – Paris : Le raffinage en Afrique de l’Ouest – James MacCullagh, Executive Director, CITAC
17h15 Dakar – 18h15 Paris : Débat
Réunion Zoom (Enregistrement)
Résumé
Cette conférence conjointe ADEA/ASDEA sur le pétrole et le gaz en Afrique 2026 a rassemblé une soixantaine de participants pour discuter des perspectives du pétrole et du gaz du continent. Mohamed Seck a ouvert la réunion soulignant l’importance du secteur pour l’économie sénégalaise. Jean-Pierre Favennec a poursuivi la réunion en soulignant la situation géopolitique actuelle, notamment les récentes attaques américaines et israéliennes sur l'Iran et les répliques iraniennes qui ont menacé les raffineries en Arabie saoudite, impactant significativement les prix du pétrole qui ont atteint plus de 80 dollars par baril. Anne-Sophie Corbeau a présenté une analyse détaillée du marché du gaz naturel liquéfié (GNL), expliquant comment l'Afrique est devenue un importateur de GNL malgré ses ressources importantes, avec des exportations qui représentent environ 9% des exportations mondiales de GNL. Francis Perrin a partagé des problèmes techniques mais a présenté une vue d'ensemble des nouveaux producteurs pétroliers africains, notamment l'Ouganda, le Kenya, la Côte d'Ivoire et la Namibie, soulignant comment l'Afrique élargit ses capacités de production pétrolière et gazière. James McCulagh a conclu en discutant du raffinage en Afrique subsaharienne, notant que malgré de nombreuses fermetures de raffineries, des projets importants comme la raffinerie Dangote au Nigeria et la raffinerie de Sentuo au Ghana marquent une renaissance du raffinage sur le continent.
Synthèse
Mohamed a ouvert la conférence conjointe ADA-SDA sur le pétrole et le gaz en Afrique 2026, soulignant l'importance de ces ressources comme levier d'industrialisation et de souveraineté énergétique.
Analyse Pétrolière Golfe Persique
Jean Pierre a présenté une analyse détaillée de la situation pétrolière dans le Golfe Persique, expliquant que la région abrite la moitié des réserves mondiales de pétrole et que 15-20 millions de barils par jour transitent par le détroit d'Ormuz. Il a souligné que les menaces iraniennes contre le détroit d'Ormuz constituent un risque important pour les exportations pétrolières, avec des prix du pétrole actuellement à plus de 80$ par baril et des prévisions de montée jusqu'à 100-120$.
Gaz en Afrique
Anne-Sophie a expliqué que l'Afrique est à la fois un exportateur et un importateur de gaz naturel liquéfié, avec des exportations représentant environ 9% des exportations mondiales. La présentation a souligné les défis de l'Algérie et de l'Égypte, notamment la compétition entre la demande domestique et les exportations, ainsi que la récente signature d'un accord-cadre entre l'Égypte et Israël pour des importations de gaz.
Projets Gazoducs et GNL
Anne-Sophie a présenté plusieurs projets de gazoducs en cours d'étude, notamment le TranSahara Gas Pipeline, le Nigerian Libya Gas Pipeline, et le gazoduc Nigéria Marov tout en soulignant les défis liés à la sécurité et à la flexibilité des gazoducs par rapport au gaz naturel liquéfié (GNL). Elle a expliqué que les États-Unis deviennent de plus en plus dominants dans l'exportation de GNL, représentant potentiellement 30% des exportations mondiales, mais que cela pose des problèmes de concentration géographique et de volatilité des prix. La discussion a également porté sur l'impact de la crise du détroit d'Ormuz sur les pays dépendants du GNL, notamment le Pakistan et certains pays asiatiques, ainsi que sur les défis énergétiques mondiaux liés à la crise du gaz et du pétrole.
Crise pétrole en Iran
Anne-Sophie a discuté de la crise en Iran affectant la production de pétrole et de gaz, notant que les unités de liquéfaction à Ras Laffan ont été arrêtées malgré l'absence de dommages techniques. Elle a expliqué que la durée de la crise restait incertaine mais que de nombreux pays seraient impactés, y compris les États-Unis qui dépendent fortement du prix du pétrole pour les élections de novembre
Découvertes Pétrolières en Afrique
Francis a présenté les découvertes pétrolières récentes en Afrique, en se concentrant d’abord sur l’Ouganda (projet TotalEnergies CNOOC) puis sur le Kenya avec Gulf Energy et la Côte d'ivoire avec Eni. Il a expliqué que la Côte d'ivoire a connu des découvertes majeures, notamment le champ Baleine découvert en 2021 et mis en production en 2023, avec des phases de développement planifiées jusqu'en 2027. Francis a également évoqué les nouvelles découvertes en Namibie, un pays qui devient un nouvel acteur pétrolier avec des ressources estimées à plusieurs milliard de barils, notamment le champ Vénus découvert par Total Energie et le champ découvert par Galp dont Total Energies a pris le leadership des opérations après que Galp portugais lui ait vendu 40% de sa participation. Francis mentionne également le champ de Sangomar et au Sénégal où le projet offshore produit 100 000 barils par jour depuis juin 2024. Il a souligné que l'Afrique devient un producteur important de pétrole et de gaz, avec de nouveaux projets offshore et la montée en puissance de régions comme l'Est et l'Afrique australe. La présentation s'est terminée avec des questions de Jean-Pierre sur les perspectives de production au Nigeria et en Angola.
Raffinage Pétrolier en Afrique Subsaharienne
James a présenté une analyse du raffinage pétrolier en Afrique subsaharienne, notant que plusieurs raffineries ont été fermées pour des raisons économiques ou suite à des incidents, notamment la raffinerie Sonara au Cameroun et la raffinerie Sapref en Afrique du Sud. Il a cependant souligné une renaissance du raffinage avec l'ouverture de nouvelles raffineries importantes, notamment la raffinerie Dangote au Nigeria qui a une capacité de 650 000 barils par jour et qui contrôle maintenant le marché nigérian. James a également discuté des défis de financement pour les nouveaux projets de raffinage, notant que le pic de la demande pétrolière est prévu d'ici 2035, ce qui rend plus difficile l'obtention de financements pour des investissements à long terme dans le raffinage.
Analyse énergétique Afrique de l'Ouest
James a présenté une analyse de la situation énergétique en Afrique de l'Ouest, soulignant les pénuries de carburant au Mali et les défis liés aux spécifications plus strictes du Sénégal qui pourraient affecter sa part de marché. Il a expliqué que la crise en Ukraine a renforcé l'importance du raffinage et la diversification des points d'approvisionnement, car de nombreux pays africains ont subi des pénuries à cause des bouleversements des flux.
Débat
Francis a répondu aux questions sur la production pétrolière en Nigeria et en Angola, indiquant que la production a fortement diminué mais semble avoir atteint un plateau, avec des perspectives prudentes d'amélioration dans les années à venir. James a expliqué que les raffineries NNPC au Nigeria, malgré des programmes de réparation, n'ont pas fonctionné de manière stable, particulièrement la raffinerie de Kaduna qui a été inopérante pendant huit à neuf ans.
Flux énergétiques et sécurité nigerienne
James a expliqué que les flux de produits depuis l'Europe ont diminué en raison de la raffinerie Dangote, soulignant les risques pour la sécurité énergétique du Nigeria en cas de panne technique. Henri Baussant a posé des questions sur les perspectives du gisement de Sémé au Bénin et sur le gazoduc d'Afrique de l'Ouest, mais les participants ont convenu que ces projets n'avaient pas d'impact significatif sur l'équilibre énergétique régional.
Statut des Raffineries Nigérianes
James a expliqué que trois raffineries nigérianes (Kaduna, Warri et Port Harcourt) sont actuellement inactives en raison de problèmes d'approvisionnement et de maintenance, avec des redémarrages brefs principalement motivés par des considérations politiques. James a précisé que la raffinerie de Dakar (la Sa)r traite actuellement du brut Bonny Light plutôt que du Sangomar pour des raisons techniques et bien que la raffinerie ait été adaptée au traitement de ce nouveau brut. L'installation d'une unité de désulfuration de gazouille nécessiterait un nouveau site en raison de contraintes d'espace sur le site actuel. James a soulevé des préoccupations concernant le décalage entre les besoins en carburant à jet (7% actuellement, 9% prévu en 2040) et les objectifs d'achèvement net zéro d'ici 2050, questionnant les mécanismes de coordination avec les initiatives d'aviation durable.
Défis de Décarbonisation de l'Aviation
James a expliqué que malgré les défis de décarbonisation de l'aviation, l'augmentation de la demande en jet est inévitable en raison de la croissance démographique et économique mondiale. Il a souligné que les compensations carbones et le Mécanisme CORSIA pourraient aider à ralentir la croissance des émissions, mais que le marché des crédits carbone est actuellement discrédité. Anne-Sophie a clarifié que les prix récents du gaz naturel reflètent l'équilibre gazier mondial et que les contrats à long terme ne sont pas nécessairement affectés immédiatement par les conflits géopolitiques. Francis a précisé que le pic pétrolier pourrait se produire entre 2030 et 2050, avec des prévisions variables selon les experts, et que le pétrole restera une source d'énergie importante pour les décennies à venir.