Documents et Analyses

Grève des raffineries

11 octobre 2022

Mercredi 5 octobre, Olivier Véran déclarait qu’'il n'y avait "pas de pénurie" de carburant dans les stations-service mais que "des tensions" existaient dans l'approvisionnement de certaines d'entre elles. A l’heure actuelle, près d’un tiers des stations-service françaises rencontrent des difficultés d’approvisionnement et trois raffineries restent totalement à l’arrêt. Le gouvernement a-t-il manqué d’anticipation sur le sujet ?

Il n’y a pas de pénurie de carburants sur le territoire français tout simplement car en France comme dans les autres pays européens les opérateurs pétroliers doivent maintenir des stocks dits stratégiques qui correspondent à trois mois de consommation.

Physiquement ces stocks se trouvent sur une centaine de sites en France, dont les 8 raffineries, des dépôts répartis sur l’ensemble du territoire et des cavités salines souterraines dans la région de Manosque.

En outre les opérateurs (les compagnies pétrolières) pour pallier l’arrêt de la production dans les raffineries procèdent à des importations. Nombre de ports français disposent d’importantes capacités de stockage

Mais une partie des sites est bloquée par la grève. Il est donc difficile pour certains distributeurs de s’approvisionner.

Une telle situation, que l’on a déjà connue dans le passé, est difficile à anticiper. Les salariés de Total Energies et d’Exxon Mobil réclament leur part des profits très importants réalisés par les deux sociétés depuis le début de l’année

Cependant les difficultés rencontrées par de nombreux usagers, incapables de s’approvisionner, est très problématique et le rôle du gouvernement est de résoudre ces difficultés.

Dans quelle mesure la situation actuelle autour de Total Energies met-elle en lumière les manquements de l’Etat ? À quel point le gouvernement se retrouve-t-il confronté à ses contradictions ? 

La décision de Total Energies de procéder à un rabais supplémentaire de 20 centimes par litre de carburant à partir du 1er septembre, rabais qui s’ajoutait à la remise de 30 centimes du gouvernement a perturbé la distribution de produits pétroliers en France. Les automobilistes se sont rués sur les stations Total au risque d’assécher ces stations alors que les stations voisines qui pratiquaient des tarifs supérieurs perdaient leurs clients.

Le refus du gouvernement et en particulier du Ministre des Finances de taxer les superprofits des compagnies qui avaient bénéficié de la crise (compagnies pétrolières mais aussi compagnies gazières, compagnies de transport) alors que d’autres pays européens l’ont fait est assez surprenant. Même le gouvernement américain dans les années 1980 taxait les « profits tombés du ciel «  (Windfall profits) dus à l’énorme augmentation du prix du brut.

Mais le problème essentiel reste l’impossibilité pour certaines professions essentielles (ambulances, transports de malades, transports scolaires, petites entreprises) de s’approvisionner mettant en grande difficulté ces secteurs

Le comportement très prudent, voire timoré, du gouvernement qui annonce en permanence que tout va s’arranger alors que les difficultés sont réelles est étonnant

A quel point nous sommes-nous placés dans une situation explosive sur le sujet des carburants ? Que peut- faire l'Etat ?

La situation actuelle est sans doute temporaire. La grève, apparemment terminée chez ExxonMobil devrait trouver une solution chez TotalEnergies. Mais le retour à la normale risque de prendre un peu de temps car le redémarrage de certaines raffineries ne sera pas instantané.

L’inquiétude pour les semaines à venir tient sans doute davantage au prix qu’aux disponibilités. La décision de l’OPEP le 5 octobre de réduire sa production dans les prochaines semaines pourrait faire monter le niveau des prix