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L’impact des sanctions européennes sur le brut russe

1 décembre 2022

Les sanctions de l'UE toucheront les exportations de brut de la Russie lorsqu'elles entreront en vigueur le 5 décembre. Quelles pourraient être l’impact sur les marchés d’une telle stratégie ?

L’Europe (UE) consomme environ 12 millions de barils par jour de pétrole. L’essentiel de ce pétrole est importé, en particulier de Russie (environ 5 millions de barils par jour en 2021 dont près de 2 millions sous forme de produits pétroliers).

Depuis de nombreux mois, la Russie a réduit ses exportations de brut vers l’Europe et considérablement augmenté ses exportations vers la Chine, vers l’Inde et quelques autres pays comme l’Egypte. Excellente situation pour ces pays importateurs car la Russie doit consentir un rabais important sur les prix (de l’ordre de 30 dollars par baril) pour trouver preneur. C’est la conséquence des sanctions qui risquent de peser sur ces transactions.

Le marché du pétrole brut pourrait donc n’être que peu affecté par l’embargo européen. Les quantités de brut qui ne seront plus prises par l’Europe iront vers la Chine, l’Inde et quelques autres pays. En conséquence les importations de la Chine et de l’Inde depuis le Moyen Orient et l’Afrique seront moins importantes et des quantités deviendront disponibles pour l’Europe.

La situation est plus complexe pour les produits pétroliers (essence, gazole). L’Europe importe des quantités très importantes de produits et en particulier de gazole car ses raffineries sont incapables de faire face à la demande. Le gazole vient de différents pays mais surtout de Russie.

Les événements récents ont provoqué de très fortes tensions sur les marchés de produits et en particulier du gazole. Les circuits d’approvisionnement ont dû être totalement revus entrainant des augmentations très fortes des prix. Si le prix du brut (environ 85 Dollars par baril aujourd’hui) reste « modéré » par rapport aux prix observés en début d’année, le prix du gazole reste très élevé car les marges de raffinage (écart de valeur entre la moyenne des prix des produits à la sortie de la raffinerie et le prix du brut à l’entrée) ont atteint des niveaux stratosphériques : 10 à 20 dollars par baril voire plus au cours des derniers mois pour des marges qui traditionnellement ne dépassent pas quelques dollars. D’où des prix élevés à la pompe.

Pour le Financial Times, la semaine qui vient pourrait bouleverser le marché mondial du pétrole. Qu’est-ce qui pourrait provoquer cette situation ? Partagez-vous ce constat ?

Il y aura sans doute un certain bouleversement des circuits d’approvisionnement. L’Europe devra importer du brut de destinations plus lointaines que la Russie (Afrique, Moyen Orient ..). Les conséquences en termes de coût seront vraisemblablement limitées car les coûts de transport ne dépassent en général pas quelques dollars par baril. Bien entendu toute autre pourrait être la situation s’il y avait tension sur les disponibilités en navires. Mais la demande de pétrole est pour l’instant relativement faible du fait des menaces de récession qui pèsent sur la planète. Il est symptomatique de constater que la réduction des quotas de production décidée par l’OPEP+ le 5 octobre (2 millions de barils par jour soit 2% de la demande mondiale – diminution la plus forte jamais décidée par les pays producteurs) ne s’est pas traduite comme l’on s’y attendait par une augmentation des prix. Au contraire le prix du brut n’a cessé de baisser depuis.

Les opérateurs ont sans doute largement anticipé la nouvelle situation. Cependant le marché des produits pourrait connaitre des tensions et les prix de certains produits pourraient augmenter

A quel point le prix du pétrole est-il sensible aux aléas géopolitiques ?

Il faut rappeler que les prix extrêmement élevés que nous connaissons, en Europe en particulier, remontent à 2021. Entre le début et la fin 2021, avant l’invasion de l’Ukraine, le prix du gaz naturel a été multiplié par 6 et le prix de l’électricité, extrêmement volatil, atteignait fin 2021 le prix actuel.

Ces augmentations de prix tiennent simplement à un manque de capacités de production et à un fonctionnement des marchés européens, au moins pour l’électricité, qui est à revoir.

En 2022 l’invasion de l’Ukraine par la Russie nous rappelle que la Russie est un pays clé sur la scène énergétique (10 % de la production mondiale de brut, 18 % de la production mondiale de gaz, une production importante de charbon). 2022 marque le retour de la géopolitique sur la scène énergétique.

Une réunion de l’OPEC + est prévue dimanche. Quelles pourraient en être les conséquences ? 

Rien n’est écrit, mail il est peu probable que des mesures concernant la production de pétrole soient prises. Une nouvelle réduction de la production serait une véritable déclaration de guerre aux pays consommateurs, y compris les pays les plus pauvres qui souffrent d’un montant élevé de la facture pétrolière.

Le prix actuel du brut, bien qu’un peu inférieur au prix souhaité par l’OPEP + est cependant nécessaire à la plupart des pays producteurs pour équilibrer leur budget.