Documents et Analyses

Raffinage au Nigéria

14 août 2024

Vaste pays de plus de 200 millions d’habitants (la population est prévue devoir doubler d’ici 2050) , le Nigérian environ 500 000 barils de produits pétroliers par jour (environ 25 millions de tonnes par an). La consommation d’essences auto est de l’ordre de 15 millions de tonnes (elle a baissé de 30% après la suppression des subventions, décidée par le nouveau président Bola Tinubu car le poids ce ces subventions pour le budget était insupportable et favorisait la fraude aux frontières. Le pays consomme également environ 5 millions de tonnes de diesel, en grande partie pour alimenter des petits générateurs électriques nécessaires pour la population car le réseau national électrique est très insuffisant

Production pétrolière et raffinage avant Dangote

Le Nigéria est un important producteur de pétrole. Sa production était voisine de 2 millions de barils par jour il y a quelques années. Elle a fortement baissé, ne dépassant pas 1,4 millions de barils par jour en 2023 à la fois pour des raisons techniques (absence d’incitation à la recherche et à la mise en production nouveaux gisements) et à cause des vols cde pétrole brut qui sont évalués à 300 000 arils par jour soit près de 20 % de la production. Ce pétrole volé alimente des petites raffineries artisanales et clandestines qui fabriquent de l’essence et du gazole de mauvaise qualité.

Le Nigéria dispose de plusieurs raffineries. La plus ancienne est la petite raffinerie de Port Harcourt. Au début des années 1980 deux raffineries ont été construites simultanément, l’une à Warri dans la région de production du pétrole, à proximité du delta du Niger, l’autre à Kaduna dans le nord. Chacune a une capacité d’environ 100 000 barils par jour. Vers 1990 une nouvelle raffinerie, très sophistiquée, de 200 000 barils par jour a été construite à Port Harcourt.

La capacité cumulée de ces raffineries permettrait, si elles fonctionnaient a bonne capacité, de satisfaire les besoins du pays. Mais ces raffineries, qui ont fonctionné à faible capacité pendant de nombreuses années, sont depuis quelque temps à l’arrêt obligeant le Nigéria à importer l’essentiel de sa consommation. Le faible fonctionnement de ces raffineries tient probablement en parte à des problèmes d’entretien mais sans doute surtout au fait que l’exportation du pétrole brut et l’importation des produits se font en dollars et permet des commissions en devises fortes

La NNPC a lancé à plusieurs reprises des opérations de réhabilitation de ses raffineries, mais sans grand succès jusqu’à présent. Un nouveau programme de réhabilitation est en cours et devrait permettre aux 3 raffineries (Warri, Kaduna, Port Harcourt) de reprendre leurs opérations dans quelques mois

Si les raffineries précitées sont toutes la propriété de la NNPC (National Nigeria Petroleum Corporation) société d’état qui couvre l’ensemble de la chaine pétrolière, une nouvelle raffinerie est désormais opérationnelle : la raffinerie construite par le milliardaire Dangote

La raffinerie Dangote

Lancé en 2013 pour un cout estimé de 9 milliards de dollars, le projet de raffinerie s’est concrétisé lors de l’inauguration en mai 2023 Cette raffinerie de de 650 000 barils par jour a été démarrée début 2024. Elle fonctionne actuellement à plus de 50 % de capacité, a déjà produit des quantités importantes de distillats (gazole, carburéacteur) et doit progressivement fabriquer de l’essence

Cette raffinerie présente des caractéristiques uniques : c’est l’une des plus grands raffineries au monde (les plus grandes raffineries - Inde , Venezuela - ont une capacité proche de 1 millions de barils par jour mais elles sont très peu nombreuses et la raffinerie Dangote est plus grande que la plupart des raffineries américaines et européennes). De plus cette raffinerie est à train unique ce qui signifie qu’il n’y a qu’une seule colonne de distillation – première unité de traitement du complexe qui sert de base à la fabrication des autres produits. Cette colonne de distillation a donc une capacité de 650 000 barils par jour alors que les colonnes de distillation classiques ne dépassent généralement pas 250 000 barils par jour

Démarrée avec beaucoup de retard – situation courante dans de secteur -avec un budget final de plus de 20 milliards de dollars soit plus du double du budget initial – situation là encore assez courante, voir Kashagan, Flamanville pour ne citer que des exemples récents, cette raffinerie est très complexe équipée de nombreuses unités de raffinage qui permettent de transformer l’essentiel du pétrole en produits légers de haute qualité. La montée en puissance semble assez rapide : la direction de la raffinerie prévoit, si les circonstances le permettent un fonctionnement à 80 % de la raffinerie vers la fin 2024

Néanmoins le projet fait face à des difficultés commerciales et politiques importantes

  • Lors de sa conception le milliardaire Dangote tablait sur un approvisionnement qui ne soit pas uniquement Nigérian. On remarquera que la capacité de la raffinerie représente la moitié de la production nigériane de pétrole brut et les opérateurs nigérians ne peuvent pas abandonner leurs autres clients pour approvisionner la raffinerie
  • Mais les principales difficultés actuelles tournent autour de l’approvisionnement en brut. Les besoins sont énormes : des dizaines de cargaisons de brut doivent être traitées chaque mois. Récemment plusieurs cargaisons de brut américain ont été achetées ce qui n’est san doute pas une solution optimale car la raffinerie est conçue pour traiter des bruts lourds alors que les bruts américains (LTO) sont des bruts légers ne nécessitant pas un traitement complexe
  • L’alimentation du marché local fait partie des options. Elle permettrait peut être de réduire les couts d’approvisionnement du pays, bien qu’il soit prévu que les prix, comme les prix des produits importés soient fixés en dollars. Mais l’objectif affiché dès le départ est d’exporter largement

Conclusion

Raffinerie gigantesque, à l’échelle de l’Afrique de l’Ouest, la raffinerie Dangote pourrait à elle seule couvrir une très grande partie des besoins en produits pétroliers de la CEDEAO. Elle risque d’entrer en compétition avec les raffineries de la NNPC si et quand elles seront remises en état. La concurrence avec les autres raffineries de la sous-région pourrait être également rude

Mais cette raffinerie représente certainement un atout pour l’Afrique de l’Ouest

Jean Pierre Favennec