Le rôle des Etats Unis dans le marché pétrolier
1- Les États-Unis produisent désormais 50 % de pétrole de plus que l'Arabie saoudite, selon des données de Rystad Energy. Comment expliquer ce phénomène et cette évolution ? Est-ce un phénomène en trompe-l’oeil ? Est-réellement lié à une hausse de la production de pétrole aux Etats-Unis ou est-ce lié au recul de la production de l’Arabie saoudite ?
Les Etats Unis ont longtemps été les principaux producteurs de pétrole. L’épuisement des ressources a conduit à la fin du 20ème siècle les Etats Unis à importer des quantités importantes de pétrole. Fortement dépendants des importations jusqu’en 2005, les Etats Unis ont réduit ces importations grâce au développement de la production dans le Golfe du Mexique puis à la production de pétrole de schistes à partir de 2010. La production américaine est en progression constante. Avec le Canada, l’Amérique du Nord est désormais indépendante en matière d’hydrocarbures. La production de l’Amérique du Nord est supérieure à la demande. Les Etats Unis, tout en continuant d’importer des quantités non négligeables de pétrole lourd du Venezuela et du Moyen Orient exportent des quantités significatives de pétrole de schistes. Les Etats Unis produisent actuellement plus de 16 millions de barils par jour (pour une production mondiale d’un peu plus de 100 millions de barils).
L’Arabie Saoudite dispose d’immenses réserves de pétrole conventionnel. La capacité de production de l’Arabie Saoudite est d’environ 12 millions de barils par jour et le pays est capable d’augmenter cette capacité rapidement si les circonstances l’exigeaient.
Cependant la situation du marché conduit l’Arabie Saoudite à diminuer sa production. Le prix du pétrole a fortement diminué au cours des derniers mois. La stagnation de l’économie mondiale, la faible croissance économique de la Chine, moteur de la demande pétrolière, alors que les capacités de production d’or noir sont au plus haut expliquent cette faiblesse des cours. Les principaux pays producteurs de pétrole regroupés au sein de l’OPEP (Organisation des pays producteurs de pétrole qui regroupe 13 pays dont l’Arabie Saoudite et les grands producteurs du Moyen Orient ; Iran, Irak, Koweït, Emirats Arabes Unis) et de l’OPEP plus (avec en particulier la Russie) tentent de réguler le marché au travers des quotas de production. Ce sont des plafonds d’extraction auxquels les 23 pays OPEP et OPEP plus doivent se soumettre. L’Arabie Saoudite, largement dominante dans cette organisation a considérablement réduit sa production pour montrer l’exemple et tenter d’adapter son extraction à la demande. L’Arabie Saoudite a besoin d’un prix de l’ordre de 80 à 100 dollars par baril pour équilibrer son budget et financer l’ambitieux plan Vision 2030 qui prévoir d’énormes investissements pour accompagner la transition énergétique, la diminution des besoins en pétrole et le développement des énergies renouvelables. D’où la décision du gouvernement de réduire la production pour éviter des surplus qui pourraient entrainer une chute brutale des prix. La production de l’Arabie Saoudite est actuellement de l’ordre de 9 millions de barils par jour.
2- Quelles pourraient être les conséquences de cette hausse de la production pour l’économie américaine et pour les tarifs de l’énergie aux Etats-Unis ?
L’augmentation de la production de pétrole aux Etats Unis est une bonne nouvelle pour les sociétés et les Etats américains concernés. La production offshore, la production en particulier au Texas et en Pennsylvanie de pétrole de schistes contribuent au développement de l’emploi et à la richesse de ces Etats
Cependant le marché du pétrole est mondial et le prix du pétrole dépend de l’équilibre entre l’offre et la demande au niveau mondial. Si certains pays, par exemple au Moyen Orient ou au Venezuela subventionnent largement les produits pétroliers et permettent des prix à la pompe très bas (quelques dizaines de centimes d’euros, voire moins pour l’essence), une telle politique est inimaginable aux Etats Unis
Cependant l’abondance du pétrole des Etats Unis est un facteur clé. Elle conduit à un prix du pétrole brut relativement bas et permet donc aux consommateurs américains de bénéficier de prix plus modérés
3- Ce phénomène peut-il durer ?
La situation actuelle peut durer pendant les mois à venir. La croissance économique mondiale, après le rebond qui a suivi le COVID, est très faible. Les perspectives pour la Chine, principal importateur d’or noir, sont très moroses.
A l’inverse dans de nombreux pays qui disposent de gisements de brut les capacités de production de pétrole pourraient facilement se développer.
Pour éviter une nouvelle diminution des prix, l’OPEP et l’OPEP plus devront se coordonner pour limiter leurs productions voire la diminuer. L’Arabie Saoudite, leader de l’OPEP et de l’OPEP plus voudra éviter que le surplus éventuel de production se traduise par un effondrement des prix et limitera sa production. Les Etats Unis où la production est pour l’essentiel dans les mains de nombreux producteurs individuels et où le gouvernement ne peut en aucun cas limiter la production, favorisera l’extraction et permettra un maintien de cette extraction à un niveau élevé. La production pourrait même augmenter. Les prix devraient donc rester modérés.
4- Cette évolution va-t-elle faire bouger les lignes sur le marché de l’énergie ? L’Arabie saoudite va-t-elle réagir ?
Il est probable que l’Arabie Saoudite suivra avec attention l’évolution de la demande de pétrole et s’efforcera de limiter la production de l’OPEP et de l’OPEP plus pour éviter un effondrement des prix
Il est donc probable que le prix du pétrole restera proche du niveau actuel ce qui n’impactera pas profondément la situation du secteur énergétique.
En particulier le développement des énergies renouvelables devrait se poursuivre.