L’OPEP et l’Arabie Saoudite face au surplus potentiel de pétrole
- Comment interprétez-vous la décision de l'Arabie saoudite d'abandonner son objectif de 100 dollars par baril et d'augmenter sa production ? Est-ce une réponse à une baisse de la demande ou une stratégie à plus long terme ?
Malgré la volonté de réduire les effets du changement climatique, ce qui passe par une diminution des émissions de gaz à effet de serre donc par une diminution de la consommation d’énergies fossiles (pétrole, charbon, gaz), ces énergies fossiles couvrent encore plus de 80 % de nos besoins en énergie et le pétrole plus de 30 %.
Même si sa part dans le mix énergétique mondial est en diminution, la consommation de pétrole en volume continue d’augmenter (comme d’ailleurs la consommation totale d’’énergie) chaque année. Cette consommation de pétrole est d’environ100 millions de barils par jour (Mbj). Trois pays dominent la production de pétrole dans le monde : les Etats Unis – environ 16 Mbj, l’Arabie Saoudite – 9 Mbj de production mais avec une capacité beaucoup plus importante – et la Russie – environ 12 Mbj.
Le prix du pétrole qui a dépassé 100 dollars par baril au début de la guerre en Ukraine en 2022, a ensuite baissé avant de se stabiliser en 2023 et au début de 2024. Mais depuis quelques semaines ce prix s’effrite car la demande mondiale est en baisse du fait d’une conjoncture économique morose. En particulier la demande chinoise (la Chine est de très loin le plus important pays importateur de pétrole) est en diminution.
Pour éviter une surproduction face à une demande stagnante, et éviter une chute trop rapide des prix, les pays producteurs regroupés dans l’OPEP et l’OPEP plus ont décidé des réductions de production depuis plusieurs mois. Mais ces réductions n’ont pas freiné la baisse des cours. L’Arabie Saoudite qui dispose sans doute des capacités de production les plus importantes a fait les efforts les plus conséquents, réduisant son extraction de 12 à 9 Mbj. Mais ces efforts se sont révélés insuffisants. Confrontée à une baisse de ses revenus et à une perte de parts de marché, l’Arabie Saoudite se lance dans une guerre des prix en annonçant une augmentation de production qui ne pourra, au moins à court terme, qu’accentuer la tendance baissière du marché.Cette décision de l’Arabie Saoudite vise à permettre au royaume d’augmenter sa production et de reprendre des parts de marché. Cette stratégie de l’Arabie Saoudite est une constante. Disposant des plus importantes réserves de pétrole de la planète (une grande part des réserves du Venezuela supposé disposer de réserves supérieures est en fait difficilement exploitable) l’Arabie Saoudite, dont les coûts de production sont sans doute les plus faibles au monde, n’accepte pas de perdre des parts de marché au profit par exemple des producteurs de pétrole de schistes américains dont les coûts sont très supérieurs.
- Quels impacts immédiats et à moyen terme cette augmentation de la production pourrait-elle avoir sur le marché mondial du pétrole, en particulier pour les pays importateurs comme la France ? L’économie française pourrait-elle tirer parti de la baisse des prix du pétrole ?
Comme la plupart des pays producteurs, l’Arabie Saoudite a besoin d’un prix élevé (80 ? 100 ? dollars par baril) pour faire face tout à la fois aux besoins de son budget et au financement de l’ambitieux plan de développement Vision 2030 qui cherche en particulier à réduire la dépendance du pays aux hydrocarbures.
La situation actuelle n’est pas nouvelle. Une situation semblable a pu être observée en 2014. L’évènement majeur sur le marché pétrolier au cours des 20 dernières années a sans douter été le développement considérable de la production de pétrole de schistes aux Etats Unis, qui a permis à ce pays de voir sa production passer de 6 Mbj en 2006 à plus de 10 Mbj en 2014 (et 16 Mbj aujourd’hui). Du fait de la surproduction d’or noir, le prix s’est effondré. Mais au lieu de réduire sa production, l’Arabie Saoudite a maintenu ouvert les robinets dans l’espoir qu’un prix bas du pétrole provoquerait la faillite des producteurs de pétrole de schiste américains dont les couts de production sont très supérieurs à ceux qu’ils sont dans la péninsule arabique. Le royaume et ses voisins du Golfe Arabo Persique ont pu faire face à des pertes de recettes considérables pendant deux ans grâce à des fonds souverains bien alimentés lorsque le prix du pétrole était élevé. Mais en 2016, l’OPEP dont l’Arabie Saoudite est de loin le pays le plus important, suivie par les pays regroupés autour de la Russie dans l’OPEP plus ont décidé des réductions de production qui ont ramené le prix du pétrole à un niveau beaucoup plus élevé.
La décision de l’Arabie Saoudite d’augmenter sa production devrait conduire dans les prochaines semaines voire dans les prochains mois à un prix modéré du pétrole. La demande est stagnante et devrait le rester du fait des évènements politiques actuels (guerre au Moyen Orient, guerre en Ukraine …). En face de cette demande le potentiel de production est important dans de nombreux pays (Etats Unis, Brésil, Irak ….)
- Dans quelle mesure une augmentation de la production pétrolière saoudienne et une baisse des prix du baril pourraient-elles profiter aux consommateurs français, notamment en termes de prix du carburant à la pompe ?
La France comme tous les pays importateurs bénéficie de cette baisse des prix. Le cout des importations d’énergie (surtout pétrole et gaz) qui avait dépassé 100 milliards d’euros en 2022 du fait de la guerre en Ukraine est revenu à un niveau beaucoup plus bas en 2023 et devait rester à ce niveau en 2024
La baisse du prix du pétrole se traduira par des économies de plusieurs milliards d’euros sur la facture énergétique de la France
Bien entendu la baisse du prix du pétrole se traduit et se traduira dans les prochains mois par une baisse des prix des carburants et du fuel domestique. Le prix de l’essence qui était supérieur - en moyenne - à 2 euros par litre en 2022 a diminué de 15 % et pourrait continuer à baisser. Le prix du gazole, également voisin de 2 euros par litre en 2022 a diminué de 20 %
- Plus largement - comment devrions-nous bénéficier de cette décision ?
Le bénéfice est bien entendu une réduction du déficit du commerce extérieur de la France et une baisse immédiate des prix des carburants. Au-delà les consommateurs devraient bénéficier d’une baisse des prix de nombreux produits dont les coûts intègrent des couts de transport qui devraient diminuer avec la baisse du prix du gazole.
Cette baisse du prix du pétrole devrait également conduire à une baisse générale du prix de l’énergie, le pétrole restant, au moins pour quelques années, l’énergie de référence
Elle ne devrait pas avoir de conséquence sur l’évolution de notre mix énergétique. Le développement des énergies renouvelables – solaire, éolien – ne sera pas affecté car il s’agit désormais d(une priorité.