Où en est la transition énergétique?
Le réchauffement climatique est une réalité. L’augmentation des températures n’est contestée par personne. Pour l’immense majorité des scientifiques la cause est entendue : la hausse des températures est due à l’accroissement dans l’atmosphère de la concentration des gaz à effet de serre, des gaz qui retiennent à la surface du globe la chaleur émise par le rayonnement du soleil. Les températures augmentent parce que nous émettons dans l’atmosphère beaucoup de gaz à effet de serre comme le gaz carbonique qui résulte de la combustion du charbon, du pétrole du gaz naturel dont nous consommons des quantités massives. D’autres gaz comme le méthane, contenu en abondance dans le gaz naturel, joue également un rôle considérable. Les fuites de méthane lors de sa production, de son transport (fuites sur les gazoducs), et de son utilisation sont plus faciles à réduire que les émissions de CO2 liées à notre consommation de produits essentiels à nos économies mais l’élimination de ces fuites nécessite des mesures qui peuvent être couteuses et que les opérateurs sont réticents à mettre en œuvre.
La transition énergétique, le passage d’une énergie à une autre ou le développement rapide d’une nouvelle énergie n’est pas une nouveauté. Au 18ème siècle, Le bois était la principale source d’énergie en particulier dans l’industrie naissante. Mais les forêts, trop exploitées, disparaissaient. Le charbon est alors apparu et a permis la première révolution industrielle. Puis le pétrole est devenu une énergie dominante après la seconde guerre mondiale. Depuis de nombreuses années l’électricité devient une source d’énergie de plus en plus importante. Transition ne veut pas dire remplacement. On consomme de plus en plus de bois, de charbon ou de pétrole. Pour beaucoup, d’experts il n’y a pas passage d’une énergie à une autre mais superposition des énergies. Actuellement la consommation de bois et de charbon, malgré le développement du pétrole, du gaz, du nucléaire, des énergies renouvelables, reste supérieure voire très supérieure à ce qu’elle était il y a un siècle.
La transition énergétique en ce début de 21ème siècle consiste à passer progressivement des énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz naturel) qui contiennent du carbone, à des énergies décarbonées. Les énergies fossiles contribuent pour 80 % environ aux émissions de gaz à effet de serre et le méthane pour 10 % environ
La réduction de la consommation d’énergie fossile est donc une priorité. L’énergie hydraulique fournie par les barrages, l’énergie éolienne, l’énergie solaire qui n’émettent pas de CO2 sont en plein de développement. Leur production a été multipliée par 3 en à peine 15 ans mais elles ne couvrent encore qu’une part faible de nos besoins en énergie, 7 à 14 % très grossièrement selon les méthodes de calcul. Le nucléaire, qui n’émet pas de CO2, représente environ 5 % de notre consommation d’énergie
Depuis plusieurs années et en particulier depuis la COP 21 qui s’est tenue à Paris en 2015 (COP : Conference of the parties organisée dans le cadre d’une structure des Nations Unies et qui réunit chaque année des milliers de représentants des gouvernements, des compagnies du secteur, des ONG) l’objectif est de limiter à 2° Celsius l’augmentation de la température par rapport aux années 1990 pour limiter la fréquence et la gravité des catastrophes naturelles (tornades, typhons, crues, inondations …). Lors de la COP21 il avait même été suggéré de limiter la hausse à 1°5.
D’ores et déjà ce dernier objectif ne sera pas atteint. En 2024 dans de nombreuses régions l’augmentation de la température est déjà de 1,5 °. Différents événements récents (incendies au Canada, aux Etats Unis, en Grèce …, inondations au Pakistan, en Espagne, tempête à Mayotte etc...) ne sont pas forcément nouveaux mais sont sans doute plus fréquents et violents. Cependant la consommation d’énergie fossile continue à augmenter (de 1 à 2 % par an) ainsi donc que les émissions de CO2.
Seul point positif : la part des énergies renouvelables, même si elle reste limitée, augmente rapidement. L’essentiel des nouvelles capacités de production d’électricité sont désormais le fait de parcs éoliens, de parcs photovoltaïques ou d’autres sources également renouvelables (solaire par concentration, géothermie en particulier). Déjà des capacités importantes d’énergie solaire existent dans la plupart des pays et en particulier en Chine, dans les Emirats Arabes Unis, dans certains pays Européens, aux Etats Unis. La Chine multiplie les projets de production d’énergie n’émettant pas de CO2 : grands barrages (la Chine et le Brésil se partagent les plus grands barrages au monde), parcs solaires, parcs éoliens
L’hydrogène pourrait jouer un rôle important à l’avenir. Il n’existe pas de sources ou de réservoir d’hydrogène (une petite production par réaction chimique dans le sol est néanmoins possible). L’essentiel de l’hydrogène actuellement utilisé est produit à partir de gaz naturel ou de charbon avec des émissions de CO2 très importantes. L’avenir est donc à l’hydrogène vert obtenu par électrolyse de l’eau (qui fournit hydrogène et oxygène) avec de l’électricité d’origine éolienne ou solaire. Des projets très importants de production d’électricité « verte « (éolienne et solaire) sont étudiés en Afrique en particulier dans des pays comme le Maroc, la Mauritanie, la Namibie et d’une façon générale ans pays à très fort ensoleillement. Cet hydrogène pourrait être utilisé dans le transport (en équipant les véhicules de piles à combustible) ou dans certaines industries où il pourrait remplacer des combustibles fossiles.
La transition énergétique, la transition des énergies fossiles vers les énergies renouvelables est en marche mais elle est lente. La consommation d’énergies fossiles reste toujours très importante (80 % de nos besoins), elle continue à augmenter et elle ne se stabilisera puis diminuera sans doute pas avant 2030. La Chine, pays principal émetteur de CO2 désormais, devrait stabiliser sa consommation de charbon dans les prochaines années mais n’atteindra la neutralité carbone (aucune émission nette de CO2) qu’en 2060 selon les engagements de Pékin.
Il est donc malheureusement à craindre que les températures ne continuent à augmenter. Les deux volets de la lutte contre le changement climatique doivent donc être mis en œuvre : réduction des émissions de gaz à effet de serre et adaptation à des températures plus élevées.