Impact des attaques de drones ukrainiens sur les raffineries russes
En quoi les frappes ukrainiennes contre les raffineries russes modifient-elles l’équilibre mondial de l’offre de produits raffinés, notamment le gasoil ? Les attaques de drones ukrainiens peuvent-elles influencer directement les prix mondiaux du pétrole brut ?
La Russie fait partie avec les Etats Unis et l’Arabie Saoudite des principaux producteurs de pétrole brut. Elle extrait environ 10 millions de barils par jour – mbj - de son sous-sol. Les Etats Unis produisent près de 20 millions de barils par jour de liquides (dont 13c millions de pétrole et 7 millions de produits plus légers). L’Arabie Saoudite produit également environ 10 mbj mais dispose de capacités excédentaires.
La Russie dispose également de très grandes capacités de raffinage (plus de 6 millions de barils pas jour). Comme la consommation de produits pétroliers dans le pays ne dépasse pas 3,8 millions de barils par jour, ces capacités sont très excédentaires et permettent de fabriquer d’importantes quantités de produits destinés à l’exportation.
La Russie exporte environ 5 millions de barils par jour de pétrole brut et 2 millions de barils par jour de produits pétroliers (essence, gazole etc ..) . Les attaques ukrainiennes ont endommagé plusieurs raffineries russes. Du fait des dommages dans les raffineries et d’une forte demande le prix de l’essence dans les stations-service de Saint Pétersbourg, par exemple, a nettement augmenté.
Les conséquences des attaques de raffineries russes restent pour l’instant limitées. Certaines capacités excédentaires – et inutilisées – de raffinage en Russie ont pu être s remises en activité . A terme la situation pourrait devenir plus grave si les attaques ukrainiennes se poursuivent. Des travaux de remise en état des raffineries endommagées sont prévus mais les sanctions internationales pourraient compliquer l’approvisionnement en pièces de rechange nécessaires à cette remise en état.
L’impact sur les marchés internationaux de cette baisse de production du raffinage russe liée aux sanctions américaines sur Rosneft et Lukoil, principaux producteurs de pétrole, sanctions qui de fait limitent les exportations russes de pétrole brut, n’est pas négligeable. Pour le pétrole un pays comme l’Inde réduit très significativement ses importations de pétrole russe, les compensant par des importations du Moyen Orient. La légère baisse de production des raffineries risses diminue les disponibilités de produits pétroliers en particulier den Europe d Nord-Ouest et provoque une hausse des prix des produits et de la marge de raffinage (écart entre la valeur des produits obtenus à partir d’une tonne de brut et le coût de cette tonne de brut).
Comment expliquer que les marges de raffinage du gasoil en Europe aient atteint des niveaux dans le 89ᵉ percentile historique ? S’agit-il d’un phénomène principalement lié à l’Ukraine ou plus global ?
La hausse des marges sur le gazole est à la fois la conséquence d’une certaine diminution des exportations russes et d’une forte demande de ce produit. Le gazole reste le carburant des camions, des bus des cars et la demande reste forte En outre il y a une demande importante de produits similaires au gazole (fuel domestique en hiver) ce qui conduit à des prix élevés
L’augmentation de 80 % des marges gasoil en Europe peut-elle être durable, ou s’agit-il d’une réaction temporaire aux attaques ukrainiennes ?
La situation du raffinage russe a peu de chances de s’améliorer à court terme et nous entrons dans l’hiver où la demande de gazole, pour faire face à certains besoins de chauffage, reste forte. Il est probable que dans les prochains mois les prix du gazole resteront supérieurs, malgré un prix du brut bas, à ce qu’ils étaient cet été. Il faut également se rappeler que les capacités de raffinage en Euripe ont fortement diminué. En France il y avait en 1973 23 raffineries pour une capacité de plus de 120 millions de tonnes par an. Actuellement 6 raffineries sont en opération pour une capacité d’environ 70 millions de tonnes. Et la situation est la même dans les autres pays européens
L’attaque sur le port de Novorossiïsk, qui représente environ 2 % de l’offre mondiale de pétrole, révèle-t-elle une nouvelle vulnérabilité structurelle pour les marchés pétroliers ? Dans quelle mesure la réduction des capacités russes perturbe-t-elle les flux mondiaux d’énergie ?
Novorossiisk, sur la mer noire est avec les ports de la Baltique le principal terminal pour l’exportation du brut russe qui, produit pour l’essentiel en Sibérie, y parvient par des oléoducs de plusieurs milliers de kilomètres. Les exportations de pétrole russe sont donc perturbées par ces attaques mais il n’y a pas eu de mouvement important de prix sur les marchés internationaux. La croissance économique au niveau mondial reste faible. L’économie chinois, moteur traditionnel de la demande pétrolière tourne au ralenti. En outre la production de pétrole est abondante. Brésil, Guyana voire Etats Unis et pays du Golfe peuvent mettre davantage de pétrole sur le marché. Les prix du pétrole devraient rester à un niveau modéré Les flux de pétrole seront légèrement modifiés avec une diminution des importations chinoises et indiennes de pétrole russe et une augmentation des importations depuis le Moyen Orient. Pour les produits pétroliers les raffineries indiennes pourront suppléer une diminution des exportations de produits depuis la Russie.
À plus long terme, ces attaques pourraient-elles encourager une reconfiguration durable du marché pétrolier mondial (rediriger les flux, réorienter les investissements, accélérer des fermetures/modernisations de raffineries) ?
Les attaques sur les raffineries russes conduiront à une réorganisation assez marginale des flux de produits pétroliers, les importations depuis la Russie pouvant être remplacées par des importations depuis l’Asie et en particulier l’Inde, et plus marginalement depuis l’Afrique et l’Europe.
En revanche il n’y aura pas d’impact significatif sur les investissements dans le raffinage. Les capacités européennes sont suffisantes pour faire face aux besoins et les incertitudes sur le futur des consommations pétrolières ne sauraient inciter aux investissements .