Pétrole, gaz et électricité en Afrique de l’Ouest
La croissance démographique et l’essor économique de l’Afrique subsaharienne, en particulier en Afrique de l’Ouest, entraînent une augmentation rapide des besoins énergétiques. Les politiques visant à garantir l’accès de tous à l’énergie doivent également intégrer la contrainte majeure que représente le changement climatique.
Le pétrole
La production pétrolière subsaharienne est largement concentrée en Afrique de l’Ouest, du Sénégal à la Namibie. Les situations nationales restent toutefois très contrastées.
Au Nigeria, premier producteur de la région, la production — après une baisse marquée dans les années 2020 — retrouve progressivement un niveau plus satisfaisant. En Angola, les autorités peinent à relancer une production en déclin.
Parmi les autres producteurs, le cas du Ghana est notable : malgré de nombreuses découvertes entre 2010 et 2020, la production s’essouffle et le gouvernement tente désormais de la revitaliser.
Les découvertes les plus prometteuses ont cependant été réalisées récemment en Côte d’Ivoire, avec les gisements Baleine, Canoé et Cachalot. Développés par ENI, ces champs pourraient porter la production ivoirienne à plus de 200 000 barils par jour dans les prochaines années. Ils contiennent également des volumes significatifs de gaz, permettant au pays de renforcer sa production électrique et d’envisager des exportations.
Un élément essentiel du paysage pétrolier ouest-africain est la raffinerie Dangote, au Nigeria. Avec une capacité de 630 000 barils par jour, elle figure parmi les plus grandes raffineries du monde — vingt fois plus importante, par exemple, que la raffinerie de la SAR à Dakar. Mise en service en 2024, elle fonctionne désormais à pleine capacité. Conçue pour traiter du brut nigérian mais aussi des bruts importés, elle vise à approvisionner le marché local et à exporter.
La crise au Moyen-Orient a renforcé son rôle stratégique : de nombreux pays européens se sont récemment fournis en kérosène auprès de cette raffinerie, les grandes installations du Golfe (Arabie saoudite, Koweït, Émirats arabes unis) ne pouvant plus exporter suffisamment. Le marché mondial étant proche de la pénurie, la raffinerie Dangote est devenue un acteur clé de l’approvisionnement en carburéacteur. Son succès conduit d’ailleurs son propriétaire à envisager un doublement de capacité, ainsi que la construction d’une grande raffinerie au Kenya, afin d’alimenter l’Afrique de l’Est où la plupart des raffineries ont fermé face à la concurrence du Moyen-Orient et de l’Inde.
Le gaz
Pour plusieurs pays, le gaz naturel représente une voie de transition vers le gas-to-power, c’est‑à‑dire le remplacement du fioul lourd — coûteux et polluant — par le gaz pour la production électrique.
Le Nigeria, détenteur des plus importantes réserves de la région, cherche à développer massivement cette filière. La Côte d’Ivoire bénéficie déjà des apports gaziers de ses nouveaux gisements. Le Sénégal, avec GTA, pourrait accélérer sa transition énergétique en développant le champ Yakaar-Teranga. La Mauritanie dispose également de ressources considérables, mais leur mise en valeur reste pour l’instant difficile.
Deux importants projets doivent être mentionnés :
- Le projet TransSahara qui transporterait du gaz depuis le Nigéria jusqu’en Algérie en passant par le Niger. Il s’agit d’un vieux projet récemment relancé par les trois pays partenaires mais les obstacles restent nombreux
- Le projet Nigeria – Maroc dont l’origine remonte à une visite du roi Mohamed V1 au président Buhari au Nigéria en 2016. Ce projet consiste à construire un gazoduc partant du Nigeria et longeant la côte d'Afrique de l'ouest en passant au large du Bénin du Togo du Ghana de la Côte d'Ivoire du Libéria de la Sierra Leone de la Guinée Conakry de la Guinée-Bissau du Sénégal de la Gambie et de la Mauritanie. Ce gazoduc pourrait donc alimenter les différents pays où il passe et bien entendu le Maroc. Il pourrait ensuite être connecté au gazoduc Maghreb Europe actuellement inutilisé pour alimenter les pays européens. Le coût de ce gazoduc monte à 25 milliards de dollars pour transporter 35 milliards de mètres cubes de gaz par an. Pour intéressant qu'il soit, sa rentabilité n'est pas garantie. Cette rentabilité repose sans doute sur l'accès au marché européen, marché qui actuellement est ce stagnant et relativement bien alimenté bien qu'il faille tenir compte des dégâts sur les installations de GNL du Qatar.
L’électricité
Malgré des progrès notables, l’accès à l’électricité demeure l’une des grandes faiblesses de l’Afrique subsaharienne. Bien que le nombre de foyers raccordés augmente, près de 600 millions d’Africains n’ont toujours pas accès à cette énergie. L’objectif d’un accès universel en 2030 semble désormais hors de portée.
Les situations nationales sont très contrastées :
- des pays comme le Nigeria, la République démocratique du Congo ou l’Éthiopie concentrent une grande partie de la population non raccordée ;
- à l’inverse, le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Ghana ou le Kenya se rapprochent progressivement de l’accès universel.
L’extension des réseaux électriques reste la solution privilégiée, mais elle demeure coûteuse. Le développement de mini‑réseaux pour les villages isolés est de plus en plus envisagé pour accélérer l’électrification.
Pour atteindre les objectifs, il faudrait mobiliser environ 150 milliards de dollars d’ici 2035, alors qu’un tiers seulement de cette somme est actuellement disponible.
On peut toutefois mentionner le programme Mission 300, financé par la Banque mondiale et la Banque africaine de développement, qui vise à raccorder 300 millions d’Africains à un réseau électrique dans les prochaines années.
Conclusion
En vingt ans, le paysage énergétique de l’Afrique subsaharienne a profondément évolué. La croissance démographique et économique accroît les besoins, tandis que l’Afrique de l’Ouest dispose de ressources pétrolières et gazières significatives qui peuvent soutenir son développement, notamment via le gaz naturel.
Grâce à ses compétences croissantes et à des politiques énergétiques mieux structurées, la région dispose des atouts nécessaires pour améliorer durablement l’accès à l’énergie de sa population.
Jean-Pierre Favennec
Président
Association pour
le Développement
de l'Énergie en Afrique





















