Bilan de l’énergie en Afrique en 2025
L’année 2025 a été contrastée avec le démarrage de grands projets, les progrès de l’électrification dans certains pays et la stagnation du fait de la situation politique et économique dans d’autres pays
L’électricité
La situation de l’électricité en Afrique du Sud s’est considérablement améliorée en Afrique du Sud où les coupures longues et intempestives sont du passé. . Ceci s’est fait au prix du report de la déclassification de certaines centrales au charbon (le charbon reste la grande source d’électricité en Afrique du Sud) mais également grâce aux progrès des renouvelables, en particulier solaire
En Afrique du Nord les taux d’accès à l’électricité sont proches de 100% . La priorité est désormais au renforcement des réseaux. En Afrique subsaharienne (hors Afrique du Sud) l’objectif d’une électrification à 100 % en 2030 ne sera pas atteint. Près de 600 millions d’africains n’ont toujours pas accès à cette énergie même si des progrès sont réels car la population augmente rapidement Plusieurs pays (Sénégal, Côte d’Ivoire, Ghana, Kenya) sont en bonne voie pour permettre à l’ensemble de leur population d’avoir accès à l’électricité dans les prochaines années. Le développement des réseaux est réel et permet de relier aux grandes centrales des populations éloignées. De nouvelles centrales, souvent au gaz, sont en construction. Mais pour les territoires éloignés un réseau local fondé sur le solaire avec éventuellement un soutien de batteries ou d’hydrocarbures est une solution
Le pétrole
Le pétrole reste une source d’énergie fondamentale dans le secteur des transports en particulier mais également parfois pour la production d’électricité faute d’alternative. La production pétrolière reste stable voire en légère augmentation après la forte chute des années récentes. La production devrait augmenter dans des pays comme la Côte d'Ivoire (développement du gisement Baleine avec une production à terme 250 000 barils par jour et du gisement Calao), comme le Ghana avec l’extension de Jubilee et de TEN. La production devrait également augmenter au Nigeria avec un focus sur l’offshore profond. On attend prochainement la mise en production du gisement de l'Ouganda opéré pat Total et la compagnie chinoise CNOOC. D'autres gisements ont été découverts au large de la Namibie qui apparait comme une nouvelle fontière pétrolière : Graff (Shell) découvert en 2022 et confirmé par des découvertes plus récentes, Venus (Total énergies) découvert en 2022, Mopane (Galp, société portugaise) découvert en 2024. Mais les décisions finales d'investissement n'ont pas encore été prises compte tenu de la profondeur et de la complexité de ces gisements
Dans le secteur du raffinage la raffinerie construite au Nigéria par le milliardaire Dangote (630000 barils par jour soit davantage que la somme des capacités de toutes les raffineries de la région) opère désormais à un niveau proche de la pleine capacité Cette raffinerie alimente partiellement le marché nigérian mais la décision de la compagnie nationale NNPC de facturer le brut à cette raffinerie en dollars alors que les produits sont vendus en nairas freine bien entendu l'alimentation du marché local. En outre les tensions sont évidentes entre la direction de Dangote et les distributeurs locaux. Enfin l’ampleur des besoins en brut de la raffinerie (équivalents à la moitié de la production nigériane) est source de difficultés.
Le gaz naturel
Le gaz naturel est abondant dans de nombreux pays, du nord au sud du continent. Largement produit et utilisé en Afrique du Nord depuis plusieurs dizaines d’années (Algérie, Libye, Egypte) sa production ne s’est développée en Afrique subsaharienne que plus récemment, en commençant par le Nigéria (avec en particulier les usines de liquéfaction de Bonny)
Des unités de liquéfaction ont été mises en place récemment dans plusieurs pays : Guinée Equatoriale, Angola, Cameroun, Congo Brazzaville.
Le projet le plus récent est le démarrage au début de 2025 de la production de GTA (Grand Tortue Ameyim) qui associe BP, Kosmos, Petrosen et SMH (Société Mauritanienne des Hydrocarbures,) le gisement se situant à la frontière du Sénégal et de la Mauritanie, en offshore, à 100 km de la cote. Il s’inscrit dans la cadre des grandes découvertes de gaz par Kosmos au Sénégal et en Mauritanie, à partir de 2015. La production de GTA reste modeste (2,5 millions de tonnes de GNL par an) et en principe une phase 2 et une phase 3 sont prévues. Une phase 1 bis pourrait se conclure prochainement. Autres grands gisements Yakaar Teranga (Sénégal) et Bir Allah (Mauritanie) étaient entre les mains de BP, Kosmos , Petrosen (Yakaar Teranga) et SMH (Bir Allah). Mais BP s’est retiré des deux projets laissant Kosmos face à Petosen ou SMH et rendant complexe la mise en production. Au Sénégal la mise en production de Yakaar Teranga est attendue avec impatience car c’est la source de gaz pour remplacer le fuel lourd dans les centrales thermiques sénégalaises. Cependant la rentabilité de la mise en production du gisement repose sur une production abondante très supérieure à la demande des centrales électriques sénégalaises Une unité de liquéfaction pour exporter du gaz serait donc nécessaire.
Les projets les plus impressionnants sont sans doute ceux d’Afrique Australe. Au large du Mozambique et de la Tanzanie, des gisements très importants ont été découverts il y a une quinzaine d’années. Pour l’instant seul un FLNG construit par l’ENI a été mis en place au large du Mozambique pour une production de 3 à 4 millions de tonnes de GNL . Les conditions sécuritaires dans la région repoussent régulièrement la construction de très importantes unités de GNL prévues pat TotalEnergies d’une part et Exxon d’autre part . Le potentiel est de plusieurs dizaines de millions de tonnes de GNL par an.
Les défis majeurs
- Le financement : l’insuffisance des investissements, le risque politique et l’instabilité économique freinent la mise en œuvre de projets énergétiques d’envergure. Les taux d’intérêt réclamés par les investisseurs occidentaux sont prohibitifs et freinent les projets.
- Les infrastructures : Les réseaux électriques vieillissants et sous-développés entravent la distribution efficace de l’électricité.
- Le cadre réglementaire : Des politiques énergétiques parfois inadaptées et un manque de cohérence réglementaire compliquent l’essor des énergies renouvelables.
- La formation et l’emploi : le manque de main-d’œuvre qualifiée et de programmes de formation spécialisés limite le développement du secteur. Mais de nombreux centres de formation ont été mis en place ce qui devrait permettre de faire face aux besoins.
Conclusion
Le bilan énergétique de l’Afrique en 2025 témoigne d’avancées notables mais aussi de défis structurels majeurs. L’accès universel à l’énergie, la diversification du mix énergétique et la transition vers des sources renouvelables restent au cœur des priorités. Le succès de la transformation énergétique africaine dépendra de la mobilisation des ressources, de la volonté politique et de la capacité du continent à innover et à s’adapter aux enjeux mondiaux.
Jean-Pierre Favennec
Président
Association pour
le Développement
de l'Énergie en Afrique





















